La Papeterie Tsubaki

La Papeterie Tsubaki

16 septembre 2018 0 Par Mélanie

Auteur : OGAWA Ito 小川糸
Traduction : Myriam DARTOIS-AKO
Titre original : Tsubaki Bunguten ツバキ文具店
Éditeur : Philippe Picquier
Parution japonaise : 21 avril 2016
Parution française : 23 août 2018
ISBN : 978-2-8097-1356-5
Prix : 20€

La quatrième :

Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l’art difficile d’écrire pour les autres.
Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l’encre, l’enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, rédige un mot de condoléances pour le décès d’un singe, des lettres d’adieu aussi bien que d’amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin.
Et c’est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre des réconciliations inattendues.

Mon avis :

Une lettre peut changer toute une vie. C’est le prélat de base de ce livre.

Je découvre avec la Papeterie Tsubaki un autre roman d’Ogawa. C’est un roman qui m’a surprise. Il est frais, doux et apaisant, ce que j’attribue sans peine à mes différents passages dans le lieu de l’action, Kamakura, lieu très chargé de souvenirs agréables. Aussi n’ai-je pas eu besoin de la carte joliment dessinée en début d’ouvrage !

Avant tout, notez que bien qu’il s’en démarque, il s’inscrit dans une longue lignée de livres feel-good qui, sans être inintéressante, tend à lasser. Toutefois, et c’est là la surprise, je l’ai trouvé assez original dans son approche.

Alors voilà, notre héroïne est une jeune femme de 25 ans, de retour au pays après un long voyage à l’étranger. Elle reprend la papeterie familiale après le décès de l’Ainée, sa grand-mère maternelle avec qui elle s’était brouillée. Elle qui a traîné sa révolte adolescente à travers vaux, diplômée d’une école de design, deviendra également écrivain public.

Le roman s’articule en saisons, en commençant par l’été, et est ponctué des différentes demandes de lettres qui lui sont faites, de ses réflexions autour de l’approche qu’elle fait des problématiques de ses clients, mais aussi de son parcours personnel que l’on découvre peu à peu.

Pour chacune, une illustration est présente : la lettre calligraphiée en japonais orne les propos, et la traduction afférente. Cela donne une profondeur et une immersion qui change des romans du genre.

Ce que j’y ai apprécié également, c’est qu’on y apprend aussi beaucoup concernant les symboliques liés aux papiers, encres, traits, ainsi que quelques notes concernant les usages de langue. Cela reste assez très léger, parcimonieux et peut-être un peu frustrant quand on y a pris goût au fil des pages (comme moi !).

Au-delà de l’aspect essentiel de la lettre, du temps passé à écrire à quelqu’un, qu’on l’aime, qu’on le déteste, qu’on quitte ou qu’on rejoint, qui est un temps précieux, on se réconcilie avec la forme épistolaire que notre époque tend à oublier au profit des messageries instantanées et aux mails succincts. La lettre manuscrite a un pouvoir incroyable, auquel on peut donner une tangibilité et une force accrus par le choix des outils et supports, de la rhétorique, comme un travail d’artiste.

Cet art rassemble. Dans le roman se trouvent deux types de lien : le lien de voisinage/familial (Madame Barbara, le Baron…), et les liens interpersonnels créés grâce au métier de l’héroïne qui, par son ouvrage, fait évoluer les vies de se clients. Les deux liens se rencontrent parfois. Mais les écrits ne sont pas tout, car si Hatoko ne savait pas comprendre les demandes qui lui sont faites, elle ne saurait réussi. Dans tous les cas, c’est l’ouverture à l’autre, quelle que soit le chemin emprunté, qui est aussi au cœur du roman.

En bref, c’est une ode au lien interpersonnel, à la simplicité, et comme dans beaucoup de romans nippon, à l’écoute du kokoro, ode qui réconcilie avec la plume, le papier, les relations réelles et tangibles, l’espoir de pouvoir, nous, individu si petit et si insignifiant, changer le cours des choses et de laisser une trace.

Un drama existe de ce roman, dont voici le trailer. Il est sorti en dvd au Japon. Évidemment, l’histoire est brodée de manière à tenir huit épisodes, mais reste agréable à regarder une fois que vous avez lu le roman.