Tokyo vice

Tokyo vice

16 mars 2019 0 Par Mélanie

Auteur : Jake Adelstein
Traduction : Cyril Gay
Titre original : Tokyo Vice
Éditeur : Points (première édition chez Marchialy)
Parution japonaise :
Parution française : 5 octobre 2017
ISBN :9782757860816
Prix : 8,40€
La quatrième :
« Vous supprimez cet article, ou c’est vous qu’on supprime. » Derrière la fumée de sa cigarette, Jake n’est pas vraiment en position de négocier. Premier journaliste occidental à travailler pour le quotidien japonais Yomiuri Shinbun, il court après les bons sujets. Et là, il en tient un. Un sérieux, un fumeux, un dangereux : le yakusa le plus célèbre du Japon s’est fait opérer secrètement aux États-Unis. L’article vaut son pesant d’or. La mafia japonaise le sait. Et elle ne fera pas de cadeau à Jake

Jake Adelstein est journaliste. Tokyo Vice est son histoire.

« Tokyo Vice rejoint d’autres ouvrages majeurs de la littérature du réel parmi lesquels Baltimore ou Gomorra. » Le Monde des livres

« Une fascinante plongée dans les bas-fonds de la société japonaise. » Le Monde

Mon avis :

Journaliste d’investigation, Jake Adelstein est un Juif américain ayant fait ses études à l’université de Sophia à Tokyo avant de devenir journaliste au Yomiuri Shinbun, un des plus grands quotidiens du Japon.

Ce n’est pas un polar, ni tout à fait une plongée dans le crime organisé de Tokyo. C’est plutôt une autobiographie qui raconte comment il est entré dans le journal, ses enquêtes les plus marquantes, au moins celles qui auront marqué une étape dans son parcours, et ses rencontres, puis comment il a fini par suivre et enquêter sur la mafia japonaise. Le récit nous entraine petit à petit dans les tréfonds les plus glauques et les plus ignominieux que cette mafia a créés, sans compter les ramifications des organisations qui dépassent l’entendement.

Des critiques ont comparé cet ouvrage à ceux concernant la mafia italienne : cela est justifié.

Le récit commence doucement. On apprend comment se passe le métier de journaliste à la japonaise -ses implications, ses codes, et comment il est parfois plus important d’avoir de la chance que d’être bon. Il sait forcer la chance, se faire les bon contacts, profiter du système ou enrager contre, mais il finit par se faire connaître, et pas seulement parce qu’il est étranger.

Son statut d’étranger lui vaut d’être impliqué à enquêter sur un meurtre d’une Anglaise, Lucie Blackman, puis, progressivement, sur de la traite d’esclaves… ces gros scoops lui permettent d’influer sur le cours des choses, comme par exemple de faire enfermer le meurtrier de la jeune femme précitée. C’est une des raisons qui font que ses sujets soient de plus en plus importants et surtout, l’entraînent sur une pente savonneuse : un célèbre yakuza, Goto, se serait fait une transplantation de foie aux USA… et s’interroge sur les possibilités de l’affaire. Ses choix, à terme, l’obligent à faire protéger ses amis et sa famille.

Il ne faudra pas perdre de vue que c’est son autobiographie et qu’elle est forcément soumise à un biais de perception, et que c’est quelque peu romancé. Nombreux sont les détracteurs qui annoncent que ses récits sont inventés de toutes pièces, à tenter de relever des incohérences et Adelstein de se défendre, parfois en souriant de nouveau quand il en a la patience. Nul doute que beaucoup d’admirateurs du Japon glorifient la mafia (ou du moins une image d’Épinal) et que lire leur face cachée, même légèrement biaisée, ne doit clairement pas plaire… peu importe, manifestement, Jake a l’habitude de ne pas plaire, et à des gens bien plus dangereux que des gens derrières leurs claviers.

Au-delà des biais classiques, c’est une lecture que j’ai trouvé enrichissante, qui permet de changer un peu de point de vue et de découvrir une facette peu mise en avant dans un contexte où le Japon se veut Cool, de donner une profondeur à un pays trop fantasmé. De plus, le texte se lit facilement, comme un article, assez fluide.

Un film/une série avec Daniel Radcliffe a été annoncée en 2013, avec un début de tournage en 2015, mais le projet semble au point mort.