M/T et l’histoire des merveilles de la forêt

Auteur : OE Kenzaburo
Traduction : René de Ceccatty et Ryôji Nakamura
Titre original : M/Tと森のフシギの物語; M/T to mori no fushigi no monogatari
Éditeur : Gallimard, Folio
Parution japonaise : 1986
Parution française : Octobre 2016
ISBN : 9782070792290
Prix : 8,20 €

La quatrième :

Il était une fois un village au fond d’une vallée, dans l’île de Shikoku. C’est là que jadis se sont rassemblés des fuyards, bannis hors de la ville du château. Ils y ont fondé une société autonome de rebelles. La forêt les entoure, peuplée de forces mystérieuses : les «merveilles». Une rivière capable de détruire une armée entière. Un déluge qui dévaste la terre. Un chef, surnommé le «destructeur», des filles de l’île des «pirates», des villageois qui ressemblent aux démons de l’enfer bouddhiste, une géante, des vieillards qui disparaissent dans les nuées au clair de lune et un enfant né avec une malformation, marque fatale des «merveilles de la forêt».
Kenzaburô Ôé nous raconte l’histoire de son village natal, telle que la psalmodiait sa grand-mère. Bouleversant hommage à son fils, c’est aussi une réflexion brillante sur la structure des révoltes et les sociétés autarciques.

Mon avis :

C’est un complexe réseau de récits qui forment la mythologie locale et familiale de Kenzaburo Oe. Dans ce labyrinthe d’anecdotes, de merveilleux et de combats, qui se confond volontiers avec le labyrinthe végétal qui l’accueille et le protège, certaines figures se répètent, tandis que d’autres tendent à ne jamais disparaitre.
Kenzaburo Oe nous propose de réfléchir, par le style et les intrigues, sur le réel et le fictionnel, l’Histoire et la Mythologie, le passé et le présent, le singulier et l’universel.
Il me faut avouer que ce me fut une lecture un peu difficile, car le livre parle autant des événements que de la façon dont le narrateur les a entendus. Ainsi, puisqu’il a pris connaissance de ces légendes dans le désordre, et bien que l’ordre du livre soit globalement chronologique, nous faisons sans cesse des allers et retours entre les périodes, et les événements se chevauchent, se contredisent et coexistent. Pour que le lecteur (ou l’auditeur du conte) se retrouve, chaque nouveau chapitre est introduit par une formule qui en désigne le sujet, par une formule déjà employée dans un chapitre précédent. Cette forme de récit, très irrégulière malgré la répétition, m’a été éprouvante à la lecture, puisqu’elle rend nécessaire, pour ne pas se perdre dans la chronologie, de nous approprier la mythologie qui nous est contée.
Je retiendrai pour ma part, finalement, une déclaration d’amour à l’art du conte de sa grand-mère, de l’écriture, et enfin de la musique de son fils Hikari, un art qui seul est capable de réunir le merveilleux et le rationnel qui, transmis de génération en génération, façonnent notre vision du monde.
Je conseille ce livre aux amateurs de contes et de l’Histoire japonaise, bien que je le trouve assez inclassable. Il est bien entendu indispensable pour tout approfondissement de l’œuvre de Kenzaburo Oe.

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