Le voleur d’estampes

Le voleur d’estampes

18 mai 2016 0 Par Sophie

Auteur : Camille Moulin-Dupré
Titre : Le voleur d’estampes
Éditeur : Glénat
Parution : janvier 2016
ISBN : 978-2-344-00924-6
Prix : 13,25€

La quatrième :

Japon, fin du XIXe siècle. Dans une société en crise, le Voleur mène une double vie. Le jour, il œuvre dans le restaurant portuaire de son père. La nuit, il dévalise la colline aux palais. Ce qui le guide : le frisson de l’aventure, la sensation de liberté, le sentiment que le monde lui appartient.
Jusqu’au jour où il cambriole le gouverneur. Jusqu’au jour où sa fille découvre son visage. Entre l’héritière, promise à un destin qu’elle refuse, et le Voleur, piqué dans son orgueil, se noue alors un étrange chassé-croisé…
Inclassable, poétique et artistique, Le Voleur d’estampes saura vous inviter au voyage dans une histoire dessinée et racontée comme un recueil d’estampes japonaises…

Mon avis :

« Le voleur d’estampes » est un véritable hommage aux grands maîtres de l’estampe japonaise. Camille Moulin-Dupré, l’auteur de ce manga français, l’annonce clairement : « j’affectionne particulièrement les maîtres Hiroshige, Hokusai et Harunobu qui possède selon moi la plus belle des lignes claires (…) C’est un hommage dans le sens où il s’agissait d’être le plus sincère possible dans ma démarche. Car je suis un amoureux de la culture japonaise et je la respecte infiniment. »

Cela ne pouvait qu’attirer mon attention.

Alors oui, si l’idée initiale était de faire un manga tel qu’Hokusai (n’oublions pas qu’il serait à l’origine de ce mot, « manga ») ou un autre maître de l’ukiyo-e aurait pu le faire, c’est bel et bien une réussite. L’auteur s’est longuement documenté pour être capable de produire ou reproduire des décors intérieurs ou extérieurs, des scènes de bain, des postures, visages et animaux à la façon des maîtres estampiers : « Je me suis énormément documenté en estampes. J’en regarde tous les jours, dans des livres ou sur le web », précise l’auteur.

L’histoire de ce manga en deux tomes est celle d’un Arsène Lupin du Japon du XIXe siècle : serveur dans le restaurant de son père le jour, il cambriole les belles demeures la nuit, volant de toit en toit à l’aide d’une ombrelle. Guidé par sa soif d’aventure, de danger et de liberté, le voleur part à la conquête du palais du gouverneur. Or, lors de ce cambriolage nocturne, le voleur croise le regard de la fille du gouverneur dont la main est promise au colonel en charge de la sécurité du palais.

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Le voleur d’estampes – Tome 1 © Moulin-Dupré / Editions Glénat 2016

Le décor est posé : une jeune héritière fumeuse d’opium qui refuse le destin que son père tente de lui imposer en la promettant à ce colonel, un jeune aventurier qui décide de vaincre la routine d’une vie misérable en bravant le danger lors de ses escapades nocturnes et un vieux gouverneur assoiffé de pouvoir et de reconnaissance. Trois personnages aux caractères bien trempés qui interagissent les uns avec les autres dans ce récit fantastique respectant les codes de l’estampe japonaise.

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Le voleur d’estampes – Tome 1 © Moulin-Dupré / Editions Glénat 2016

Ce manga flirte aussi avec la romance car, on le devine, à l’image de Roméo et Juliette, le voleur et la jeune héritière, issus de deux milieux opposés mais tous deux en quête de liberté vont se croiser, s’attirer et tomber dans les bras l’un de l’autre.

Pour son premier livre, Camille Moulin-Dupré est aussi allé fureter du côté des créatures légendaires japonaises, amenant à son récit une touche de fantastique. En effet, le voleur est en fait un tengu, démon des montagne (kami) représenté sous forme de corbeau.

Le lecteur avisé saura retrouver les traces des recherches documentaires de l’auteur. Représentations détaillées et tracés d’estampes classiques, motifs traditionnels d’étoffes, l’auteur, passionné du Japon, s’est longuement documenté avant de se lancer dans le projet.

Photo Twitter

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« Inclassable et poétique », c’est ainsi que Glénat qualifie ce livre. Animateur/réalisateur de courts métrages, Camille Moulin Dupré nous propose un ovni dans le monde du manga : de format un peu plus grand qu’un manga classique, ses dessins ont été réalisés avec de multiples calques de Photoshop. (voir cette vidéo sur « Inclassable et poétique », c’est ainsi que Glénat qualifie ce livre. Animateur/réalisateur de courts métrages, Camille Moulin Dupré nous propose un ovni dans le monde du manga : de format un peu plus grand qu’un manga classique, ses dessins ont été réalisés avec de multiples calques de Photoshop.( voir cette vidéo sur Youtube)

L’histoire oscille entre scènes de rue, scènes d’action, et voyages fantastiques dans les rêves teintés d’opium de la jeune héroïne. Certains passages nous rappellent également la poésie japonaise : « Pouvez-vous l’entendre ? ce silence… Seul dans la nuit, le monde m’appartient. Le temps se suspend. Tout est si calme, si délectable. »

Certains fans de manga reprocheront peut-être à l’ouvrage d’avoir « figé » ses personnages dans ces illustrations obéissant aux codes de l’estampe. Il va de soit que ce manga n’est pas comparable aux mangas dits « classiques » où l’expression du mouvement envahit les pages. Il est ainsi nécessaire de rappeler la signification d’ukiyo-e (« représentation du monde flottant ») délivrée par Asai Ryoi dans « Les Contes du monde flottant » (Ukiyo monogatari) :

Vivre uniquement le moment présent,
se livrer tout entier à la contemplation
de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier
et de la feuille d’érable… ne pas se laisser abattre
par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître
sur son visage, mais dériver comme une calebasse
sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo.

C’est ainsi qu’à la lecture du « Voleur d’estampes » l’on découvre que le personnage du voleur obéit lui aussi aux règles de l’ukiyo-e. La boucle est bouclée. Bravo l’artiste.

A découvrir, donc, chez Glénat.

Si vous avez encore des doutes, visionnez ce trailer sur Youtube

Et si vous devenez fan, comme moi… :

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Analyse très détaillée du travail de recherche et travail numérique de l’auteur par le journal Le Monde