Le Journal de Tosa, suivi de Poèmes du Kokin-shū

Le Journal de Tosa, suivi de Poèmes du Kokin-shū

10 mai 2018 0 Par Mélanie

Auteur : Ki no Tsurayuki 紀貫之
Traduction : René Sieffert
Titre original : 土佐日記 Tosa Nikki
Éditeur : Verdier (première édition : Presses Orientales de France)
Parution japonaise :
Parution française : 3 mai 2018 (première édition française : 1993)
ISBN : 978-2-86432-977-0
Prix : 13,50€

La quatrième :

Le vingt et unième jour de la douzième lune de l’an quatre (soit en l’an 935), un gouverneur de la province de Tosa quitte sa résidence officielle pour regagner la capitale. Il lui faudra cinquante-cinq jours pour couvrir les 400 kilomètres qui séparent cet endroit, situé sur la côte méridionale de l’île de Shikoku, de l’actuelle Kyoto, la Ville par excellence. Ce gouverneur est le célèbre poète de ce temps, Ki no Tsurayuki.

Le voyage par mer est long, semé d’embûches, coupé de banquets dans les ports d’escale. Si les nuages sont bas, le vent trop violent, on reste à quai et l’on s’ennuie. Les femmes même et aussi les enfants, le capitaine du bateau, les visiteurs, tous mangent et boivent beaucoup, mais surtout écrivent et disent des poèmes.

C’est ce voyage que, audacieusement, Ki no Tsurayuki décrit dans la langue des femmes en prétendant être l’une d’elles, supercherie qui sera vite découverte .

Ki no Tsurayuki, né en 872 et mort en 946, est le plus illustre poète de son siècle. Familier des souverains, on lui dit d’avoir imposé l’usage de la langue des femmes, le japonais, et non le chinois, langue administrative et officielle, dans la littérature japonaise.

Mon avis :

Incontournable de la littérature japonaise classique, le Journal de Tosa raconte le voyage du gouverneur de Tosa (lui-même !) vers la capitale de l’époque, Kyoto. Il y avait été muté en 930, et son retour se déroula entre 934 et 935. Bien que court (31 pages), son influence sur la littérature japonaise, voire sur le Japon tel qu’il est de nos jours, en contribuant à donner à la langue des femmes une place importante et décisive. C’est grâce à cet ouvrage que la littérature féminine prend son essor, offrant au monde le Dit du Genji, entre autres.

Le texte est parsemé de nombreux poèmes, issus d’adultes autant que d’enfants, critiqués par tous les voyageurs, mais néanmoins consignés par notre pseudo-narratrice. Chaque étape du voyage en est ponctuée, le départ, le sentiment de déchirement de la séparation, le deuil d’une enfant disparue prématurément, les intempéries, tout est prétexte à embrasser poétiquement l’instant. Ces poèmes donnent en fait toute la profondeur au texte, qui est un journal relativement classique, relançant météo, désagréments du voyage, ports d’étapes, offrandes aux dieux…

Ce texte est suivi par des poèmes du Kokin-shū 古今集 (connus également sous le terme de Kokin wakashū 古今和歌集), une compilation de waka ordonnée par l’empereur Daigo en 905, afin de montrer la grandeur de la littérature japonaise. Ki no Tsurayuki était un des compilateurs attitrés, c’est pourquoi nous trouvons là un florilège éclectique, dont je ne résiste pas à vous dévoiler certains :

Parfum de prunier

S’il se mêlait à la neige

tombée entre les arbres

ah qui donc saurait laquelle

Il conviendrait de cueillir

 

Du jour où mon cœur

sans couleur s’est imprégné

pour elle d’amour

j’ai le sentiment que plus

jamais il ne déteindra

 

Au vent qui souffle

sur le bord de la rivière

les grues des roseaux

semblent une vague blanche

qui n’aurait point déferlé

 

Une introduction vous donnera d’excellentes clefs de compréhension et de contextualisation, ce qui vous aidera sans doute si vous découvrez ce pan des lettres nipponnes. Ce Journal est un indispensable pour quiconque souhaiterait découvrir et appréhender la littérature classique japonaise, avant même découvrir les pages du Dit du Genji.