Le corps tatoué au Japon. Estampes sur la peau

Le corps tatoué au Japon. Estampes sur la peau

23 septembre 2018 0 Par Fab

Auteur : PONS Philippe
Éditeur : Gallimard
Parution française : 06 septembre 2018
ISBN : 9782072786556
Prix : 25,00 €

Feuilleter le livre ici.

La quatrième :

Par son histoire et son esthétique, le tatouage japonais, remarquable par la richesse de son iconographie, l’équilibre de ses compositions, son raffinement dans les détails, est unique au monde.
À travers une approche à la fois historique et anthropologique, des références littéraires et des entretiens avec des maîtres tatoueurs au cours des trente dernières années, se dessine un art populaire, replacé dans l’histoire sociale de l’archipel.
Les «peaux de brocart» couvrant parfois le corps entier, caractéristiques de l’art traditionnel, ont peu en commun avec le tatouage de petite dimension qui bénéficie d’une popularité croissante auprès de la jeune génération japonaise. De jeunes tatoueurs s’inspirent aujourd’hui du travail de lignées de maîtres remontant à deux ou trois générations mais ne s’en dissocient pas moins par leur pratique, leur iconographie et leur état d’esprit.

Mon avis :

Philippe Pons n’est pas à son premier ouvrage sur le tatouage, puisqu’il a publié en 2009 Peau de brocart. Le corps tatoué au Japon, au Seuil. Philippe Pons est correspondant permanent pour le journal Le Monde au Japon.

En tant qu’amateur de tatouage et spécifiquement de traditionnel japonais, ce livre m’a énormément attiré dès le départ.

En lui même l’objet est très beau et captive le regard. C’est la réédition d’un ouvrage paru en octobre 2000 aux éditions du Seuil, en format beau livre, qui vous permettra de mettre la main sur un écrit fascinant qui retrace l’histoire du tatouage au travers son évolution dans la société japonaise.

Mêlant habilement anthropologie, descriptifs historiques et entretiens avec des maîtres, l’auteur nous fait découvrir un art riche et complexe qui fut un moyen de marquage des prisonniers, mais aussi un moyen pour certaines professions comme les porteurs de palanquins, de se faire remarquer et d’attirer la clientèle, et ainsi se démarquer des concurrents. Les prisonniers étaient marqués de schémas simples indiquant la nature du crime ainsi que la région d’origine de la personne ou du lieu où était commis le crime et permettant ainsi son identification s’il se déplaçait dans le pays.

Le tatouage était aussi pour les prostituées un moyen de marquer et de porter leur amour à travers des tatouages de symboles de famille mais aussi naturellement un moyen d’embellissement ou de preuve de caractère.

La force de caractère est une chose intimement liée au tatouage et l’auteur nous fait découvrir comment les charpentiers, qui faisaient aussi office de pompiers au XVIe siècle, se décoraient souvent de dragons (symbole de l’eau et de force d’esprit) pour se donner du courage et mieux affronter les dangers de la profession. Ou encore comment dans certaines professions atypiques, tels les joueurs de dés ou de cartes (l’hanafuda), se tatouait pour monter leur détermination et montrer leur dévotion à ce métier.

Une grande place est aussi faite pour la signification et les codes liés à ce mode d’expression, et un parallèle avec la tradition de l’estampe ou ukiyo-e nous est expliqué par l’auteur, reliant le tatouage aux héros populaires de romans qui ont marqués l’histoire culturelle de l’archipel, comme « les cent huit héros de Suikoden » qui dépeint l’histoire de redresseurs de torts nippons qui arboraient de sublimes tatouages.

Philippe Pons fait aussi la lumière sur les différents tabous liés au tatouage dans la culture japonaise depuis son interdiction au XVIIIe siècle, jugé dévalorisant pour le peuple au moment de son ouverture vers le monde. Il reste cependant fascinant pour ces mêmes étrangers qui, subjugués par la beauté de cet art, se faisaient tatouer en secret, parfois aux dépens de leurs hôtes nippons: le Tsarévitch de Russie, qui deviendra Nicolas II,  fit monter un maître  tatoueur sur son bateau et failli créer un incident diplomatique.

Le texte met aussi l’accent sur la légende des tatouages de la pègre, notamment ceux des yakuzas et de la vague d’interdit revenue dans les années 1990, où une loi antigang stigmatisait les porteurs de tatouages en les assimilant à des signes de reconnaissance des malfrats.

Bien que frappé de multiples censures, le style japonais est devenu un des courants principaux dans le tatouage mondial, et de plus en plus d’artistes de par le monde tente de s’approprier ce style, le transformant pour l’adapter à une clientèle demandeuse.

Le tatouage étant toujours très mal vu dans l’archipel de nos jours, bon nombre de tatoueurs locaux exercent encore cachés et perpétuent cet art ancestral et, dans certains cas, n’hésitant pas à s’expatrier et à modifier leur style pour s’adapter à la demande du pays d’accueil.

Cet ouvrage très complet et riche en anecdotes, détails historiques est un must have pour les gens voulant découvrir ou approfondir leurs connaissances de cette tradition.