Konbini

Konbini

1 juillet 2019 0 Par Mélanie

Auteur : MURATA Sayaka 村田 沙耶香
Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon
Titre original : Konbini Ningenコンビニ人間
Éditeur : Denoël
Parution japonaise : 2016
Parution française : 2018
ISBN : 9782207137208
Prix : 16,50€

La quatrième :

Depuis l’enfance, Keiko Furukura a toujours été en décalage par rapport à ses camarades. À trente-six ans, elle occupe un emploi de vendeuse dans un konbini, sorte de supérette japonaise ouverte 24h/24. En poste depuis dix-huit ans, elle n’a aucune intention de quitter sa petite boutique, au grand dam de son entourage qui s’inquiète de la voir toujours célibataire et précaire à un âge où ses amies de fac ont déjà toutes fondé une famille.
En manque de main-d’œuvre, la supérette embauche un nouvel employé, Shiraha, trente-cinq ans, lui aussi célibataire. Mais lorsqu’il apparaît qu’il n’a postulé que pour traquer une jeune femme sur laquelle il a jeté son dévolu, il est aussitôt licencié. Ces deux êtres solitaires vont alors trouver un arrangement pour le moins saugrenu mais qui leur permettra d’éviter le jugement permanent de la société. Pour combien de temps…

Mon avis :

Ce roman court est très particulier, mais vraiment intéressant. Il s’inscrit dans la lignée des romans de Murakami Ryū, en moins trash, mais tout aussi remuant.

Keiko est une femme anormale, du point de vue de la société japonaise (mais un peu de la nôtre aussi !). A 36 ans, elle est vierge, célibataire, en temps partiel, sans ambition. Elle vit simplement, seul son travail dans la supérette compte et la maintient en forme.

Le konbini est son univers, dont elle est une composante qui interagit avec lui en symbiose. Elle est le konbini, le konbini est elle. Même chez elle, le chant des sons continus de son lieu de travail est une litanie rassurante. Symbiose parfaite, si ce n’est quelques réflexions sur sa propre utilité en tant qu’humaine. Mais cela le effleure sans tellement la perturber, spectatrice de sa vie.

Puis arrive l’incident Shiraha. Ce garçon dégingandé, grand et maigre, est employé dans le konbini, mais ne se comporte que comme un cancer dans ce grand organisme fluide. Viré au bout de deux jours, il continue d’errer dans les environs, jusqu’au jour où Furukara, notre narratrice, le prend chez elle. Imbu de lui-même, en révolte absolue contre cette société normative, il décide d’être un parasite glorieux et mâle dominant.

Ce sont deux facettes d’un même problème qui cohabitent alors. Elle, qui n’aime pas particulièrement les injonctions au mariage ou à l’enfantement mais sur qui ces problèmes glissent, et lui qui ne le supporte plus et qui décide de renverser le problème en devenant un parasite absolu, agressif et hautain, pour qui n’importe quelle injonction lui demandant d’être un minimum responsable. Dans les deux cas, le déséquilibre n’est pas vécu de la même manière. Inutile de dire que cela ne va pas tout à fait bien se passer… mais je ne préfère pas gâcher en révélant la fin.

La quatrième ne end pas tout à fait hommage au roman. On imagine un stalker, une certaine perversion glauque. Je ne trouve pas. Il est surprenant, amène une réflexion sur la place des gens en marge des normes, il ne laisse clairement pas indifférent. Les considérations de Keiko sur son environnement peuvent déconcerter plus d’un lecteur. Mais le prix Akitagawa n’est pas indu. L’autrice a été vendeuse en konbini pendant 18 ans et son expérience est tout à fait bien retranscrite. Quant à savoir si elle a rencontré un Shiraha…