Japonais, lignes de vies d’un peuple

Japonais, lignes de vies d’un peuple

30 mars 2019 0 Par Mélanie

Auteur :Raphaël Languillon-Aussel
Éditeur : Ateliers Henry Dougier
Parution française : 11 octobre 2018
ISBN : 978-10-312-0397-3
Prix : 14€

La quatrième : Si le Japon fascine, les Japonais semblent insaisissables.
Sans jugement ni interprétation, Raphaël Languillon-Aussel est allé à la rencontre de ce peuple que l’on croit à tort homogène. Il nous entraîne avec lui dans les rues des grandes métropoles de l’île de Honshu comme sur les petites îles reculées. On y rencontre Kotaro et son parcours singulier de salaryman, Mme Jitsuo et sa discrète communauté de chrétiens, ou M.Nakazato qui nous parle, depuis Okinawa, des peuples colonisés par les Japonais.
Surpeuplé ou dépeuplé, ce pays des extrêmes offre une diversité infinie avec ce peuple qui semble toujours hésiter entre repli sur soi et ouverture sur le monde.

Ce livre est une invitation à rencontrer les Japonais, à entendre leurs témoignages et, surtout, à poursuivre le voyage par soi-même au pays du Soleil-Levant.

Ancien élève de l’école normale supérieure de Lyon, Raphaël Languillon-Aussela passé de nombreuses années au Japon, étudiant dans les universités de Tokyo et de Chuo. Il est à présent chercheur à l’université de Genève et poursuit ses travaux sur le Japon avec de fréquents séjours dans l’archipel.

Mon avis :

Cette galerie de portraits s’inscrit dans une collection déjà très nourrie, malgré la jeunesse de la maison d’édition. Fondée en 2014, Les Ateliers Henry Dougier se sont fixé comme objectif de « briser murs et clichés » en donnant la parole aux invisibles. C’est dans cette lignée que s’inscrit cette collection, et il fallait bien un jour que les Japonais entrent dans la danse : s’il y a bien un pays porteur de clichés, le Japon se poserait parmi les exemples ! C’est chose faite depuis fin 2018.

Ici sont développés cinq chapitres :

  • Le mythe d’une societe homogène
  • Peupler un archipel d’extrêmes
  • Un rapport au monde ambivalent, entre ouverture et repli
  • Culture et créativité japonaises, entre traditions et innovations
  • L’avenir incertain : les enjeux d’un archipel vieillissant

L’auteur, docteur en Géographie, a sillonné les routes japonaises et a rencontré des profils très variés, de la cosplayeuse professionnelle au chercheur spécialiste des smart communities, de Miyagi à Okinawa, avec certes une certaine prépondérance de Tokyo et de ses environs -bien que l’auteur a tenté d’éviter de trop centrer sur la capitale, et une absence des préfectures situées plus au nord.
C’est que dépeindre une population via des portraits n’est pas chose facile, et l’exercice risqué : on risquerait de tomber dans de nombreux pièges, de ne choisir qu’une certaine aire, certains profils immédiatement disponibles… j’imagine que les contraintes éditoriales, qualitatives, ou autres, ont conduit à des choix.

Ce regret mis à part, car c’est le seul, les portraits sont tous très intéressants : sous forme de récit ou d’entretien d’environ quatre à dix pages, on découvre des personnages passionnants, passionnés et de presque toutes les classes sociales. Un jeune apprenti dans un atelier de shamisen, un enseignant-chercheur en robotique, une propriétaire de bar, un maire, un barman et ex-mannequin gay, une employée polyglotte, une artiste habitante de sharehouse… Ce sont autant d’approches differentes d’une société faussement homogène. En effet, le Japon nous semble très lisse, et ce même pour les Japonais ! Mais c’est un mythe bien connu des spécialistes, dont les origines remontent aux années d’après-guerre.

Le vieillissement de la population est un sujet récurent : préoccupation des citoyens ou angle d’approche de l’auteur ? Dans tous les cas, c’est un sujet de taille, et on apprend que le problème est bien plus complexe que l’image que nous en avons, à savoir un simple manque de bébés. C’est pourquoi la récurrence du sujet ne pose aucun problème de redondance : nous avons là plusieurs approches du problème, des solutions proposées, essayées… comme celle de revivifier une partie du Japon via l’art contemporain ! Les amateurs connaîtront peut être la Triennale de Setouchi, ou peut être l’île d’Ogijima ?

L’objectif de l’éditeur, à travers la collection, et de l’auteur, est de casser les préjugés sur les populations en partant d’en bas (petit clin d’œil à la microstoria !) : pari que je trouve plutôt réussi. Je reste sur ma faim, avouons-le, car j’ai maintenant très envie de rencontrer ces personnes….

Si vous voulez voir des photos et lire quelques extraits,  vous pouvez consulter le site afférent : https://lignedeviedujapon.wordpress.com/