Instructions au cuisinier zen, suivi de Propos de cuisiniers

Instructions au cuisinier zen, suivi de Propos de cuisiniers

7 avril 2016 0 Par Mélanie

Auteur : Dôgen
Traduction : Non signée, Janine Coursin.
Titre original : 典座教訓
Éditeur : Gallimard (Folio Sagesses)
Parution japonaise : XIIIe siècle (ca 1237)
Parution française : 13 mai 2015
ISBN : 978-2-0704-6320-6
Prix : 3,50 €

La quatrième :
«Un esprit clarifié et tranquille n’est ni borgne ni aveugle, il embrasse tous les aspects de la réalité. La feuille de légume que vous tenez dans votre main devient le corps sacré de l’ultime réalité et ce corps que vous tenez avec respect redevient simple légume. L’exercice de ce merveilleux pouvoir de transformation est le propre de l’activité de bouddha dont profitent tous les êtres.»
Dôgen métamorphose la préparation d’un repas en méditation zen : une invitation à trouver la sérénité au cœur des activités quotidiennes les plus banales.

Avant-propos : Cet ouvrage est une sélection de textes issus du Tenzo Kyōkun faite par la traductrice Janine Coursin, assorti de ses annotations. Si c’est le texte intégral que vous recherchez, sachez qu’il est disponible chez Gallimard dans la collection Le Cabinet des Lettrés.

Mon avis :

Le titre de l’ouvrage pourrait en surprendre plus d’un : on s’imagine plus aisément un moine zen méditer devant un jardin assorti plutôt que dans une cuisine. Pourtant, il n’est pas un domaine où la philosophie du bouddhisme zen ne s’applique pas. Dôgen, né en 1200, se formera auprès de nombreux maîtres pour finir par un voyage en Chine où il connaîtra l’Éveil. Il retourne ensuite au Japon afin de dispenser son enseignement, en partie en le mettant par écrit. C’est ainsi que naît l’école Sōtō, où il est considéré que c’est l’expérience personnelle qui amène à l’éveil, et non un chemin prédéfini comme il est affirmé ailleurs. Pour cela, il faut apprendre, expérimenter, explorer.
Ayant lu l’ouvrage complet il y a une dizaine d’années, je puis assurer que cette édition permet de se plonger tout à fait dans le quotidien d’un cuisinier d’un Monastère, de la terre-à-terre administration à la considération de chaque chose formant un tout, sans épuiser le sens du texte intégral.
Les instructions sont illustrées d’exemples, se rapprochant des kōan, puis raconte sa propre expérience, son voyage en Chine, ses rencontres, ce qu’on produit chez lui des conversations, sans pour autant s’étaler : si on sait qu’il a été touché, ses réflexions, la latitude est laissée au lecteur de faire son propre avis, de suivre son propre chemin. Enfin, son retour au Japon a, lui aussi, été source de surprise : le cuisinier de son monastère (un moine) se contentait de cuisiner sans y mettre une once de pratique, sans même considérer cette activité autrement que comme un acte nécessaire et méprisable.
Dôgen réussit une prouesse : par la cuisine, activité triviale s’il en est, dédiée à la survie et/ou au plaisir, permet à chacun de comprendre l’importance de chaque chose. Une feuille de légume inspire l’indifférence à chacun, il la considère comme un objet précieux, autant qu’une pépite d’or ou un vêtement en lambeaux. Il amène, de façon très simple, à changer de perspective sur le monde, à reconsidérer nos actes, nos envies et tout simplement nos vies.

«Vous n’avez besoin ni d’encens, ni de prières, ni d’invocation du nom du Bouddha, ni de confession, ni d’Écritures saintes ; asseyez-vous et faites zazen. »

Les Propos de Cuisiniers sont une compilation de textes de moines zen : on y retrouve Shan-Hui (Kassan Zenne), dont certains textes sont commentés par Dôgen, et Ling-Yu (Isan Reiyū). Ces textes complètent admirablement les propos de Dôgen.
L’ouvrage, comme tous les ouvrages de philosophie, peut impressionner par son sujet, mais c’est là une illusion qu’il faut dépasser : le zen est pour tout le monde et les écrits y sont accessibles. Dépasser cette illusion, c’est déjà un pas vers l’Eveil…