A/R Magazine voyageur

A/R Magazine voyageur

11 août 2018 0 Par Mélanie
  • Titre : A/R Magazine voyageur, spécial Japon
  • Thématique : Voyages, Découverte, Tourisme
  • Numéro chroniqué : nº43
  • Date de sortie : juillet-août 2018
  • ISSN : 2108-3347
  • Prix : 6,30€
  • Site internet : https://www.ar-mag.fr/

Je connaissais peu ce magazine et n’avais jamais entendu de critiques négatives, aussi, quand j’ai vu ce spécial Japon, au sommaire plutôt intéressant, j’ai sauté sur l’occasion pour découvrir un peu ce qui était proposé. 

  • ENTRETIEN
    • Jean-Paul Hévin – L’homme chocolat
  • REPORTAGES
    • Île de Yakushima : dans l’œil du typhon
    • Kumano Kodo : pèlerinage dans les montagnes
    • Tokyo : Odaiba vs Shinjuku
    • Tokyo : certains l’aiment chaud à Kabukicho
    • Tokyo : bulles vertes
    • Japon insolite : le grand huit
  • CHRONIQUES
    • Heureux qui comme : Elémentaire ma chère Tabarly
    • On en parle : Baignons-nous dans les bois (Shinrin Yoku)
  • TDCDM – Lost in translation
  • Carte postale : Cameroun
  • Horoscope infaillible Livres, musique, cinéma
  • PORTFOLIO – Amours nippones

A la lecture, j’ai l’impression d’être un homme quadra/quinqua très aisé et dans une approche fengshui de son boulot de cadre sup dans une boîte au CAC40. Je ne connais pas toujours très bien les cœurs de cible -pour moi, c’était pour les amoureux du voyage- mais je ne me sens clairement pas concernée en parcourant les pages.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce magazine, c’est l’exploration de sentiers peu battus, une approche orientée récit de voyage plutôt que purement journalistique pour certains des articles. Le reste, c’est du tourisme, haut de gamme certes, mais on reste dans les cadres habituels : la bambouseraie, Hashima, le festival de la fertilité, le festival de la neige de Sapporo…. Les articles sont presque précis, la photographie vraiment belle (pas toujours ceci dit). Ça donne clairement envie de faire le voyage.

En points négatifs, l’humour qui se veut potache mais que je trouve très lourd. Ça casse complètement le reste du récit. Ensuite, un article sur les expériences sexuelles d’un des journalistes à Kabukichō…. du cliché en voulez-vous, en voilà. Ça sent l’article subversif à deux yen qui aurait plutôt sa place dans un « Froufrou spécial Geisha ». Inutile de préciser que mon impression de « mauvais public cible » est assez renforcé.

Continuons : il règne une étrange impression de « la pop-culture, c’est dame-dame ». En parlant d’Odaiba :

Les complexes commerciaux rivalisent sans cesse d’innovations et d’exclusivités : le DiverCity expose sur son parvis une maquette à taille réelle d’un robot géant tiré d’une licence animée (…)

Et dire que c’est un Gundam, c’est bien aussi. Les lecteurs ne sont pas idiots, ça peut attiser leur curiosité. Axer uniquement son intérêt sur la pop culture japonaise est une erreur, la nier délibérément, en est une de même. Cela pourrait même être vu comme une forme de mépris. 

J’aurais pu passer outre s’il n’y avait pas eu ceci, à la fin d’un article sur le Kumano Kodo :

ALLEZ-Y SI…

Même si vous ne croyez ni à Dieu ni à Diable, votre conscience est sale comme un peigne (grâce au pèlerinage vous pourrez remettre le compteur à zéro), vous voulez converser avec les kamis de la forêt, vous souhaitez parcourir la montagne à la manière des yamabushis en ne mangeant que des baies et des racines.
 
ÉVITEZ SI…
En bon monothéiste, l’idée de trouver des esprits sous chaque pierre et dans les remous de chaque ruisseau vous est insupportable, votre pudeur judéo-chrétienne vous interdit de vous mettre nu devant des inconnus (le onsen, ou bain en commun, est le rite le plus immuable des auberges japonaises), comme Pierre Loti parlant des Japonais « la laideur de ce peuple vous exaspère, ces odeurs de race jaune, de cuisine au riz, de je ne sais quoi vous écœurent. »

Alors non. J’ai cru que ce n’était que moi, mais j’ai soumis l’article à des proches, tous ont eu les mêmes mots : méprisant, voire plus que limite concernant l’extrait de Loti. Il y avait tellement d’autres écrivains voyageurs qui auraient pu convenir que cet homme misogyne et xénophobe. Je pense particulièrement à Nicolas Bouvier qui était très critique à l’égard des japonais et de leur société, mais qui avait le regard et l’écriture plus élégants.

En bref, j’avais commencé la lecture avec un à priori très positif, et je suis vraiment très déçue : j’attends mieux d’un magazine « voyageur », a savoir une réelle découverte, avec au moins un angle d’approche différent de ce qu’on nous sert en soupe, entre « tradition et modernité » ; mon ressenti n’est que renforcé en parcourant leur site : poncifs sur poncifs, on met en avant une pseudo philosophie « zen et harmonie » des Japonais, et aussi, du cul. Bondage, fétichisme, quartiers chauds… je ne réitérerai pas avec ce magazine. Une partie de leurs articles est en ligne, je vous laisse apprécier par vous-mêmes !